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En Israël, la spectaculaire évasion de six prisonniers palestiniens

Vous pouvez retrouver cet article sur le site d’ASSAWRA
RÉCIT - Parmi les évadés se trouve Zakaria Zubeidi, l’ancien chef des Brigades des martys d’al-Aqsa à Jénine, une figure de la deuxième Intifada.

La chasse à l’homme est intense. Six prisonniers d’une même cellule sont parvenus à s’échapper de la prison ultrasécurisée de Gilboa, dans le nord d’Israël, où sont détenus des centaines d’activistes palestiniens. Ils ont utilisé un large réseau de canalisation et d’espaces vides pour aboutir, au bout d’un passage souterrain, à l’extérieur du pénitencier. Là, les attendait à bord d’un véhicule un complice. Selon le Shin Beth, le renseignement intérieur, les évadés se sont coordonnés avec des complices à l’aide d’un téléphone portable de contrebande. La grande évasion s’est déroulée dans la nuit noire, ce lundi vers 3 heures du matin. Sa découverte a été constatée lors d’un comptage. Un responsable de l’administration pénitentiaire israélienne a décrit la brèche comme « un échec majeur en matière de sécurité et de renseignement ».
Les fuyards ont sans doute pris la direction des territoires palestiniens distants de quelques kilomètres. Parmi eux figure Zakaria Zoubeidi, l’ex-chef charismatique des Brigades des martyrs d’al-Aqsa de Jénine, la branche armée du Fatah durant la deuxième Intifada. La cavale a réjoui une bonne partie de l’opinion publique palestinienne. Le Fatah, le Hamas et le Djihad islamique ont qualifié l’action d’« héroïque ». En Israël, l’inquiétude est de mise. Des centaines de policiers quadrillent la région.
Zacharia Zoubeidi est un personnage hors norme. Il a été, tour à tour, voleur de voitures, camionneur, proche de Yasser Arafat, terroriste adulé par ses hommes, maître incontrôlable des camps de réfugiés de Jénine, mais aussi, durant un temps, proche des pacifistes et, enfin, comédien.
Né en 1976 à Jénine, il fréquente le théâtre pour enfants d’Arna Meir-Khamis, du nom d’une Israélienne pro-palestinienne qui entend promouvoir le dialogue entre les deux peuples. Zakaria, 12 ans, son frère aîné Daoud et quatre autres jeunes de son âge sont le noyau de la distribution. Dans un documentaire primé dans des festivals internationaux, Juliano Meir-Khamis raconte comment sa mère, Arna Meir, voulait montrer aux enfants de Jénine, habitués aux brutalités quotidiennes de Tsahal, un autre visage des Israéliens. Ses élèves sont morts les armes à la main. Seuls deux d’entre eux ont survécu : Zakaria Zoubeidi, l’ex-chef des Brigades des martyrs d’al-Aqsa, et Mahmoud Kaneri, qui a creusé les tombes de ses amis.
Zakaria Zoubeidi est blessé pour la première fois, aux jambes, par une rafale d’arme automatique au cours d’une manifestation lors de la première Intifada alors qu’il jetait des pierres sur des soldats. Boiteux, il a une vue défaillante et le visage grêlé. Les séquelles d’un « accident du travail » ! Devenu artificier au début de la deuxième Intifada, une bombe qu’il confectionnait lui a éclaté à la face.
Il commence à fréquenter les prisons à 14 ans. Libéré après les accords d’Oslo, il est embauché par la police de l’Autorité palestinienne (AP) en proie déjà, selon lui, au « népotisme et à la corruption ». Il s’en va. Sans emploi en Israël, il vole des voitures et retourne à la case prison. Libéré, il entre dans la « résistance » à Jénine, l’un des bastions de la deuxième Intifada. Sa mère est tuée par l’armée israélienne, puis l’un de ses frères meurt dans la sanglante bataille de Jénine déclenchée après une attaque perpétrée en Israël par un kamikaze venu de la ville palestinienne du Nord (29 morts). La maison familiale est détruite.
Vingt-trois soldats israéliens sont tués durant l’incursion. Les deux chefs de Zoubeidi meurent dans les combats. Sa célébrité s’étend soudainement à l’ensemble des Territoires palestiniens l’été suivant, lorsqu’il kidnappe le gouverneur de Jénine, Heydar Irsheid, qu’il accuse de corruption et de collaboration. Le gouverneur est dévêtu et jeté sur la place centrale du camp où les habitants lui crachent à la figure. Il faut l’intervention personnelle de Yasser Arafat pour le faire libérer. Le gouverneur prend la fuite dès sa libération.

« Mort en sursis »
Zakaria Zoubeidi devient le leader de la branche armée locale du Fatah, particulièrement active en Israël. De nombreux civils et soldats israéliens perdent la vie. Selon les services de sécurité intérieurs israéliens, il est lié à l’attentat suicide contre un local du Likoud, le parti de la droite à Beit Shean en novembre 2002 (6 morts). Une affaire jamais jugée. Zakaria Zubeidi, qui ne dédaigne pas les micros, affirme agir en conformité avec son interprétation des instructions de Yasser Arafat. La ronde infernale des attentats se poursuit. Il est le combattant palestinien le plus recherché par Israël, qui essaye de l’éliminer à plusieurs reprises. Sans succès.
À la quatrième tentative de Tsahal (IDF), il se considère comme un « mort en sursis » tout en estimant que l’Intifada est à l’« agonie ». Il est amer et désabusé. « Nous sommes en échec total : nous n’avons rien atteint en cinquante ans de lutte… que notre survie », déclare-t-il. Il est pour la démilitarisation, mais explique au Figaro qu’il se rendra aux urnes avec ses armes pour l’élection présidentielle de 2004. « Je porterai mon Smith et Wesson et mon M16 pour aller voter, confie-t-il. Il est certain que les gens auront peur au bureau de vote. Pas de moi, mais des occupants. Car les soldats israéliens n’hésiteront pas à me liquider au milieu de la foule s’ils en ont l’occasion. »
Éternel rebelle, il décrète pourtant le cessez-le-feu unilatéral de son groupe, se rapproche du camp israélien de la paix et cofonde le Freedom Theater. Son abandon des armes lui vaut une amnistie du gouvernement israélien. Ses critiques contre l’Autorité palestinienne sont virulentes. « Les membres de notre leadership sont des ordures… des putains », dit-il. Il est puni par un séjour en prison à Jéricho, puis son amnistie israélienne est annulée en 2011. Il est finalement à nouveau arrêté voici deux ans pour implication dans des « activités terroristes graves », selon le Shin Beth, qui n’a pas précisé lesquelles. Son incarcération aura été plus courte que prévu.

Par Thierry Oberlé

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Mis à jour le jeudi 23 septembre 2021