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Leila Shahid, une voix forte de la Palestine disparaît
vendredi 20 mars 2026, par
Leila Shahid, une voix forte de la Palestine disparaît
Leila Shahid naît le 13 juillet 1949 à Beyrouth, dans une famille palestinienne exilée. La politique est une affaire de famille : sa mère est la petite-fille du maire de Jérusalem sous l’Empire ottoman, son cousin Abd al-Kader al-Husseini meurt en combattant palestinien en 1948, et son père, médecin et professeur à l’Université américaine de Beyrouth, milite contre l’occupation israélienne. Forcée de quitter la Palestine, la famille s’installe au Liban. Leila Shahid grandira avec le statut de réfugiée, ce qui marque profondément son rapport à la question nationale et à l’exil.
En juin 1967, la guerre des Six Jours éclate le jour où elle passe son baccalauréat. Elle rejoint alors le Fatah, un parti politique nationaliste palestinien, et s’engage dans l’ac tion sociale dans les camps de réfu giés palestiniens au Liban. Cette expérience nourrit sa thèse à l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales), consacrée à la structure sociale des camps. Elle y documente le rôle central des femmes dans l’organisation de la vie quotidienne. Dans un entretien accordé à l’AFPS (Association France Palestine Solidarité), elle explique que la dépossession et l’exil ont contraint les femmes à prendre en charge la survie familiale et communautaire, ce qui a accéléré leur émancipation des rôles tradi tionnels et créé les conditions d’un féminisme palestinien organisé, tra vaillant sur le droit, le travail et la recherche.
En 1982, elle accompagne le poète français Jean Genet à Beyrouth pendant le siège israélien. Elle est présente en septembre lors des massacres des camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila. Dans un chapitre d’ouvrage publié en 2024, elle établit un parallèle direct avec Gaza : « Ce massacre organisé, planifié et exécuté par les autorités militaires israéliennes et Ariel Sharon, présent sur place, avait un seul but. Tout comme aujourd’hui à Gaza, il ne s’agissait pas de vengeance mais de plan ».
En 1989, Yasser Arafat la nomme représentante de l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine) en Irlande, elle est la première femme à occuper ce poste. Elle représente ensuite la Palestine aux Pays-Bas, au Danemark, en France, puis auprès de l’Union européenne jusqu’en 2015. Dans ses prises de position publiques, elle lie constamment occupation et droits des femmes : « Le combat n’est pas fini, ni contre l’occupation ni pour les droits des femmes. Et les deux sont liés. Pour les femmes, tout dépendra de l’évolution du rapport des forces au sein de la société. »
En 2012, elle prend ses distances avec les accords d’Oslo et ne défend plus la solution à deux États. Après le 7 octobre 2023, elle intervient sur France Inter pour dénoncer les conditions à Gaza : « Les Palestiniens crèvent dans un ghetto. » L’écrivain palestinien Karim Kattan, qui la voit peu avant sa mort, rapporte qu’elle était « dévastée » par la guerre à Gaza et par ce qu’elle percevait comme une trahison des milieux médiatiques et politiques français qu’elle avait fréquentés durant toute sa carrière.
Elle se suicide le 18 février 2026 à La Lèque, dans le Gard, après une longue maladie. Elle avait 76 ans.
Sa disparition laisse un profond vide au sein des voix fortes palestiniennes, mais sa vie de combat donne de l’espoir à toutes celles et ceux qui luttent pour l’abolition des dominations .
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