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La solution à quatre états de Netanyahou
lundi 9 février 2026, par
Plutôt que d’accepter la coexistence d’Israël
avec une Palestine démilitarisée, le premier ministre israélien
préfère en diviser le territoire en trois entités distinctes.
Un territoire annexé de fait ou en droit
Outre les 77 % sur lesquels est établi
son territoire souverain, Israël a annexé
14% de la Palestine historique,
officiellement à Jérusalem-Est (0,5 %)
et de fait en Cisjordanie (13,5 %).
La partie de la Cisjordanie annexée,
correspond à la zone C des accords
d’Oslo de 1993-1995. Quelque 300 000
Palestiniens s’y trouvent en minorité
face à un demi-million de colons
israéliens, installés dans 141 colonies
(illégales en droit international) et 224
« avant-postes » (illégaux en droit
israélien). Les plus de 700 kilomètres
de mur érigés par les autorités
d’occupation visent à retrancher ce
territoire annexé de fait du reste de la
Cisjordanie.
de la zone A de la Cisjordanie, ainsi que
l’administration de la zone B, toujours
sous contrôle de l’armée israélienne.
Ces deux zones A et B correspondent à
un tiers de la Cisjordanie. 2,8 millions
de Palestiniens résident ainsi dans une
série d’enclaves, encerclées par l’armée
d’occupation et parfois surplombées par
des colonies de plus en plus agressives.
L’AP a beau continuer d’assurer la
« coopération sécuritaire » avec Israël,
avant tout contre le Hamas, elle est
régulièrement humiliée par les
interventions de l’armée israélienne,
qui a récemment rendu inhabitables les
camps de réfugiés de Jénine et de
Tulkarem, contraignant des dizaines de
milliers d’habitants à les fuir. De
manière générale, c’est un « régime de
terreur inédit » qu’impose Israël à cette
partie supposée « autonome » de la
Cisjordanie.
Des miettes de Cisjordanie pour
l’Autorité palestinienne
La bien mal nommée Autorité
palestinienne (AP) a été fondée par les
accords de 1993-1995, où Israël lui a
attribué l’administration et la sécurité de la zone A de la Cisjordanie, ainsi que
l’administration de la zone B, toujours
sous contrôle de l’armée israélienne.
Ces deux zones A et B correspondent à
un tiers de la Cisjordanie. 2,8 millions
de Palestiniens résident ainsi dans une
série d’enclaves, encerclées par l’armée
d’occupation et parfois surplombées par
des colonies de plus en plus agressives.
L’AP a beau continuer d’assurer la
« coopération sécuritaire » avec Israël,
avant tout contre le Hamas, elle est
régulièrement humiliée par les
interventions de l’armée israélienne,
qui a récemment rendu inhabitables les
camps de réfugiés de Jénine et de
Tulkarem, contraignant des dizaines de
milliers d’habitants à les fuir. De
manière générale, c’est un « régime de
terreur inédit » qu’impose Israël à cette
partie supposée « autonome » de la Cisjordanie.
Une bande de Gaza ravagée et divisée
La guerre d’anéantissement qu’Israël a
menée dans la bande de Gaza depuis octobre 2023 a tué ou blessé 10 % de
la population, tout en détruisant plus de
80 % des bâtiments. La trêve entrée en
vigueur en octobre divise l’enclave,
entre, d’une part, 58 % dévastés et
largement inhabités, toujours occupés
par l’armée israélienne, et, d’autre part,
42 % où s’entassent les 2,1 millions de
survivants dans des conditions souvent
épouvantables.
Benyamin Nétanyahou persistant à
refuser le retour de l’AP à Gaza, le
Hamas demeure la force dominante
dans ce qu’il reste de l’enclave palesti
nienne (le comité technocratique d’ad
ministration de Gaza a beau avoir été
annoncé par la Maison blanche, il reste
bloqué en Egypte par l’armée israé
lienne). Le premier ministre israélien
est ainsi parvenu à transférer la gestion
directe de quelque cinq millions de
Palestiniens à des forces divergentes,
l’AP sur un tiers de la Cisjordanie, le
Hamas sur moins de la moitié de Gaza.
Dans les deux cas, l’armée israélienne
se réserve le droit d’intervenir à tout
moment, avec plus d’un millier de tués
palestiniens en Cisjordanie en 2025 et près de cinq cents à Gaza en trois mois
de prétendu « cessez-le-feu ». C’est ainsi que la solution à quatre Etats » de Benyamin Nétanyahou divise
le « territoire palestinien occupé » en
trois entités qui sont toutes dépouillées
de la moindre souveraineté. Plus de la
moitié de cet espace palestinien est
annexée de fait ou en droit par Israël,
avec un nombre de colons comparable
à celui des Palestiniens. La division
persistante entre l’AP et le Hamas
permet en outre au premier ministre
israélien de jouer les deux entités
majoritairement palestiniennes l’une
contre l’autre, ruinant ainsi la
perspective d’un Etat palestinien digne
de ce nom. Ce « diviser pour mieux
régner » est d’ailleurs érigé par
Benyamin Nétanyahou en politique
régionale, avec l’encouragement par
l’Etat hébreu du séparatisme des
Druzes en Syrie, voire d’autres
minorités dans ce pays ou au Liban.
Jean-Pierre Filiu, Professeur des
universités à Sciences Po
Le Monde du 1er février 26 (extraits)
