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Un document secret révèle qu’Israël a expulsé des Gazaouis juste après la guerre des Six-Jours

jeudi 23 mars 2017

Un document secret révèle qu’Israël a expulsé des Gazaouis juste après la guerre des Six-Jours

Yotam Berger – Haaretz – 15 mars 2017

L’armée israélienne était engagée dans une punition collective, chassant brutalement des dizaines de résidents palestiniens d’un camp de réfugiés, et démolissant les maisons sur une route où une mine avait été posée, et dont la piste conduisait au camp, indique un mémorandum du ministère des Affaires étrangères.

Israël a expulsé ces Palestiniens de la bande de Gaza dans le cadre d’une punition collective en représailles d’une tentative d’agression contre les troupes israéliennes, révèle un document secret du ministère des AE, daté du 15 juin 1967.

Ce document décrit une visite de responsables du ministère des AE au bureau du gouverneur militaire de la bande de Gaza, et il fait part de la décision d’expulser des dizaines de Palestiniens de Gaza vers le Sinaï, après qu’une mine terrestre eut été posée dans le but de nuire aux forces de sécurité israéliennes. Avner Arazi, du département Asie au ministère des AE à l’époque, a rédigé ce document classifié.

Le Dr Guy Laron, maître de conférences au département Relations internationales de l’Université hébraïque, a déclaré à Haaretz : « Je n’ai pas entendu parler de cet incident, mais il y a eu des actions d’expulsions et de massacres à la fin de l’année. Ils ne font pas partie de l’histoire officielle, mais ils ont eu lieu ».

Il indique n’avoir rien lu à propos de cet incident précis, mais il cite un exemple de l’unité de commando Shaked, qui s’est produit à la fin de l’année. « Elle était sous le commandement de Benjamin Ben-Eliezer le 10 ou le 11 (juin) » dit-il. « Il y a aussi l’histoire des Bédouins de Rafah, qui a eu lieu par la suite, en janvier 1972. Des milliers de Bédouins ont été expulsés, un nombre estimé entre 6000 et 20 000 ».
Des membres d’Akevot, l’Institut de recherche sur le conflit israélo-palestinien, ont découvert le document. « Ce qui est exceptionnel dans cette histoire, c’est que les officiels du ministère des AE ont immédiatement rédigé un mémorandum d’entente » indique le directeur exécutif d’Akevot, Lior Yavne. « Cela n’entrait pas dans leur mission. Ils sont allés jusqu’à signer un accord avec l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient). Il semble qu’ils étaient énervés par ce qu’ils voyaient ».

Le document décrit la visite d’Arazi à Gaza le 14 juin, quelques jours après la fin de la guerre des Six-Jours, où il rencontre le gouverneur militaire de Gaza. Les officiels sont alors informés des évènements survenus les jours qui ont suivi la prise de Gaza. « Le 12 ou 13, une mine terrestre a explosé à proximité de Gaza » indique le document. « L’enquête a conclu que la mine terrestre avait été posée peu avant son explosion. L’enquête a conduit à un certain nombre de maisons du camp de réfugiés (sic) d’Al-Tarabshe ».

Selon le document, les Israéliens ont exigé que les habitants de ces maisons dénoncent ceux qui avaient mené l’attaque. « Peu après, 110 personnes se présentant elles-mêmes comme des soldats de l’armée de libération palestinienne, se sont manifestées, et en ont assumé la responsabilité collective », indique le document.

Arazi évoque les répercussions de cette position. « Ils n’ont pas répondu quand il leur a été demandé de désigner ceux qui, parmi eux, avaient commis l’acte » rappelle-t-il. « Ils ont eu trois heures pour dénoncer les auteurs sinon ils seraient tous punis – il avait été décidé de transférer au Sinaï quiconque n’aurait pas répondu au terme de l’ultimatum, et de les laisser seuls ! Il semble que la punition a été exécutée dans l’intervalle. De même, l’armée a fait exploser huit maisons là où l’enquête conduisait ».

Le document évoque aussi d’autres incidents où l’armée a tenté d’exercer des pressions sur la population palestinienne pour qu’elle livre des armes et des soldats aux forces de sécurité.

« Le gouvernement a exigé des résidents d’un camp de réfugiés de la bande de Gaza qu’ils remettent toutes les armes en leur possession », déclare le document. « Ils n’ont pas répondu à cet appel. Par conséquent, le gouvernement a demandé au représentant local de l’UNRWA d’indiquer un entrepôt dans lequel les détenteurs d’armes pourraient déposer leurs armes pendant la nuit, sans qu’il y ait d’enquête ni qu’ils soient identifiés. Cette méthode s’est révélée plus efficace ». Et il ajoute : « Estimant que des soldats égyptiens avaient pu se cacher dans des maisons du camp de réfugiés, il a été demandé aux résidents du camp de désigner ces soldats. Il n’y a pas eu de réponse ».

Selon Laron, il existe des déclarations de témoins oculaires de ces expulsions massives depuis la Cisjordanie aussitôt après la fin de la guerre. « Cela s’est passé à la fin de la guerre, en Cisjordanie », dit-il. « Il y avait probablement un plan organisé, sur lequel aucun document n’a été publié. Cependant, il existe des comptes rendus selon lesquels des soldats sont arrivés en camion et ont incité les habitants à partir, et les ont transportés pour les expulser » ajoute-t-il.

« Uri AVnery, dans ses mémoires qu’il a maintenant publiées, affirme avoir rencontré des soldats d’une unité, qui disaient que cela avait été leur tâche – en exécution d’un plan organisé destiné à entraîner l’expulsion d’habitants de la Cisjordanie » poursuit Laron. « Le général en chef, Uzi Narkiss, avait déclaré juste avant la guerre, si on nous laisse faire, nous pouvons expulser les Arabes de Cisjordanie en 48 heures. Et des milliers ont été exilés, sans aucun doute ».

Yavne, d’Akevot, a déclaré que le témoignage dans le document du gouverneur de Gaza en 1967 montre que les démolitions de maisons et les expulsions sont un outil pour punir dans les territoires, par les Forces de défense d’Israël, qui remonte aux premiers jours de l’occupation. Se référant à l’officier qui a discuté avec les responsables du ministère, Yavne ajoute, « Les juristes de l’État ont tendance à nier que les démolitions de maisons font partie d’une politique de punition, mais le témoignage du général Gaon illustre la véritable nature de l’acte de démolition, un acte qui nuit toujours à ceux qui ne sont pas engagés dans la guerre ».

http://www.haaretz.com/misc/article-print-page//.premium-1.777334

Traduction : JPP pour Les Amis de Jayyous