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Les accords d’Abraham s’étoffent d’un volet militaire

Israël, les Émirats arabes unis, Bahreïn, l’Égypte et le Maroc ont annoncé une alliance inédite contre l’Iran.
MOYEN-ORIENT C’est le début d’une alliance militaire inédite. Israël et des pays arabes vont se coordonner pour créer des solutions de dissuasion pour contrer les menaces iraniennes par voie aérienne, maritime et cyber. Ils préparent un système de communication commun qui permettra à chaque partenaire de se prévenir en temps réel en cas de détection de drones de l’Iran ou de ses mandataires. La naissance de cette architecture de défense régionale est l’un des résultats les plus tangibles du sommet du Néguev, qui s’est tenu dimanche et lundi dans le sud d’Israël. Il rassemblait à Sde Boker les ministres des Affaires étrangères d’Israël, des Émirats arabes unis (EAU), de Bahreïn, du Maroc et d’Égypte. La réunion est la première du genre à regrouper autant de responsables arabes, américains et israéliens sur le sol israélien en même temps. Elle sort Israël d’un long isolement. Le choix de Sde Boker a valeur de symbole. La localité, un kibboutz fondé dans le désert, est le lieu où vécut et où est enterré David Ben Gourion, le fondateur de l’État hébreu. La localité a été préférée à Jérusalem, épicentre d’un conflit israélo-palestinien, relégué à l’arrière-plan des préoccupations des participants. Arrivé dimanche en Israël, Antony Blinken, invité et non parrain de la conférence, avait fait un saut à Ramallah pour s’entretenir avec Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, qu’il a tenu à ménager avant de se rendre dans le Néguev. « La normalisation avec Israël est la nouvelle normalité », a-t-il déclaré alors que cette régularisation a brisé le consensus arabe, qui a longtemps conditionné l’établissement de relations avec Israël à la résolution du conflit israélo-palestinien. Tout d’abord cérémoniales, les relations sont désormais substantielles. L’Iran est la préoccupation centrale des États signataires des accords d’Abraham. Il était au cœur des discussions. La posture à tenir vis-à-vis de Téhéran est un sujet de divergences entre les Américains et leurs alliés régionaux. Ces derniers redoutent un accord sur le nucléaire iranien dont les négociations indirectes sont proches d’aboutir à Genève. Les uns et les autres se disent « déterminés » à empêcher Téhéran d’obtenir la bombe, mais s’opposent sur les moyens d’y parvenir. « Les États-Unis pensent que le retour à la mise en œuvre complète (de l’accord de 2015, NDLR) est la meilleure façon de remettre le programme nucléaire iranien dans la boîte dans laquelle il était », a estimé Antony Blinken. « Accord ou non, nous allons continuer de travailler ensemble, et avec nos autres partenaires, pour contrer les agissements de l’Iran visant à déstabiliser la région », a-t-il voulu rassurer en guise de réponse aux inquiétudes face au risque d’éloignement d’une Amérique plus préoccupée par la Russie et la Chine que par le Proche-Orient. Meccano complexe Israël et les pays du Golfe exigent plus de pressions et moins de compromis. Ils s’alarment d’une disparition des sanctions qui relancerait l’économie iranienne et d’une poursuite de son programme nucléaire en catimini. Ils redoutent un arrêt de la mise à l’index des gardiens de la révolution, le bras armé du régime dans sa politique d’expansion territoriale et d’influence au Moyen-Orient. En desserrant l’étau, les États-Unis favoriseraient, selon eux, le développement financier et militaire des « proxis » de Téhéran en Syrie, au Liban, au Yémen. « Nous avons un désaccord sur le programme nucléaire et ses conséquences mais sommes ouverts à un dialogue honnête », a résumé Yair Lapid, le ministre israélien des Affaires étrangères. Selon lui, le partage des capacités de défense devrait permettre « d’intimider et de dissuader nos ennemis communs, en premier lieu l’Iran ». « Ils ont très certainement des raisons d’avoir peur », a ajouté le chef de la diplomatie israélienne. L’Égypte, qui n’est pas engagée dans les accords d’Abraham mais a signé la paix avec Israël voici quarante-trois ans, s’est jointe à la rencontre à la fois pour des raisons sécuritaires et économiques, avec l’espoir d’attirer des investissements financiers. Un Meccano complexe, où le gaz et le pétrole jouent un rôle majeur, s’ébauche dans ce nouveau Moyen-Orient israélo-sunnite. Il s’accompagne d’échanges commer­ciaux. À titre d’exemple, le business entre Israël et les Émirats arabes unis a explosé en 2021 pour atteindre environ 1 milliard de dollars. Le réalignement des puissances régionales est accéléré par la guerre en Ukraine. L’État hébreu et ses oligarques russo-israéliens, les EAU et Bahreïn avec leurs réserves en hydrocarbures n’appliquent pas les sanctions internationales et rechignent à augmenter et réorienter leur production. Quant à l’Égypte et au Maroc, qui dépendent des approvisionnements en céréales de la Russie et de l’Ukraine, ils ont également résisté aux attentes américaines. « J’espère que nous nous reverrons bientôt dans un désert différent, mais avec le même esprit », a commenté en clôture du forum le Marocain Nasser Bourita. Les nouveaux alliés ont décidé de se retrouver régulièrement à chaque fois dans un pays différent.Oberlé Thierry, Le Figaro du 29 mars 2022

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Mis à jour le mercredi 22 juin 2022