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« 42 genoux en un jour » : des tireurs d’élite israéliens racontent "leur travail" pendant les manifestations de Gaza

Hilo Glazer, Haaretz ; 9/03/2020

« 42 genoux en un jour » : des tireurs d’élite israéliens racontent "leur travail" pendant les manifestations de Gaza

Plus de 200 Palestiniens ont été tués et près de 8 000 ont été blessés au cours de près de deux ans de manifestations hebdomadaires à la frontière Israël/Gaza. Des tireurs d’élite de l’armée israélienne racontent leur histoire.

« Je sais exactement combien de genoux j’ai frappé », dit Eden, qui a terminé son service dans les Forces de Défense Israéliennes [nom officiel de l’armée israélienne] comme tireur d’élite dans la brigade d’infanterie Golani, il y a six mois.
La plupart du temps, il était stationné le long de la frontière avec la bande de Gaza. Sa mission : repousser les manifestants palestiniens qui s’approchaient de la clôture. « J’ai gardé les relevés de chacune de mes séances de tir », dit-il. « Je les ai dans ma chambre. Donc, je n’ai pas à faire d’estimation - je sais : 52 tirs au but certifiés. »

Mais il y a aussi tirs « non-certifiés », non ?
« Il y a eu des incidents où la balle ne s’est pas arrêtée et a également touché le genou de quelqu’un derrière [celui que j’ai visé]. Ce sont des erreurs qui se produisent.

52 c’est beaucoup ?
- Je n’y ai pas vraiment pensé. Ce ne sont pas des centaines de liquidations comme dans le film American Sniper : nous parlons de genoux. Je ne prends pas à la légère, j’ai tiré sur un être humain, mais quand même...

Comment vous situez-vous par rapport à d’autres qui ont servi dans votre bataillon ?
- Du point de vue des tirs au but, je suis le meilleur. Dans mon bataillon, ils disaient : « Regardez, voici le tueur. » Quand je revenais du terrain, ils me demandaient : « Alors, combien aujourd’hui ? » Vous devez comprendre qu’avant notre arrivée, les genoux étaient la chose la plus difficile à atteindre. Il y avait l’histoire d’un tireur d’élite qui avait au total 11 genoux à son actif et les gens pensaient que personne ne pouvait le surpasser. Et puis j’ai réalisé sept-huit genoux en une journée. En quelques heures, j’ai presque battu son record. »

Voir, c’est croire

Les manifestations de masse à la frontière israélienne avec la bande ont commencé le Jour de la Terre, en mars 2018, et se sont poursuivies sur une base hebdomadaire jusqu’en janvier dernier. Ces affrontements, pour protester contre le siège israélien de Gaza, ont coûté la vie à 215 manifestants, tandis que 7 996 ont été blessés par balles réelles, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU. Malgré le grand nombre de victimes, les funestes manifestations et répressions le long de la clôture se sont poursuivies sans relâche pendant près de deux ans, jusqu’à ce qu’il soit décidé de réduire la fréquence à une fois par mois.
Pourtant, même à l’époque, le rituel violent du vendredi après-midi a suscité peu d’intérêt public en Israël. De même, les condamnations internationales - les allégations d’utilisation disproportionnée de la force aux accusations selon lesquelles Israël commettait des massacres - se sont évanouies comme l’écume des vagues.

Faire la lumière sur cette tranche très récente de l’histoire implique de parler aux tireurs embusqués : après tout, ils ont été la force dominante, la plus importante aussi, dans la suppression des manifestations à la clôture. Leurs cibles allaient de jeunes Palestiniens qui tentaient de s’infiltrer en Israël ou qui lançaient des cocktails Molotov sur les soldats, aux manifestants non armés considérés comme meneurs principaux. Les deux catégories se sont attiré la même réponse : des balles réelles tirées dans les jambes.

Parmi les dizaines de tireurs embusqués que nous avons approchés, six (tous libérés de Tsahal) ont accepté d’être interviewés et de décrire à quoi ressemble la réalité à travers leurs lunettes de visée. Cinq des brigades d’infanterie - deux de Golani et Givati, une de Kfir - plus une de l’unité antiterroriste du Duvdevan. Les noms de chacun d’eux ont été changés. Ils ne sont pas là pour « briser le silence » ou expier leurs actes, seulement pour raconter ce qui s’est passé de leur point de vue.
Dans le cas d’Eden, même le fait qu’il ait aussi tué un manifestant par erreur ne l’ébranle pas. « Je crois que j’étais du bon côté et que j’ai fait la bonne chose », insiste-t-il, « parce que sans nous, les terroristes essaieraient de franchir la clôture. Il est évident pour vous qu’il y a une bonne raison pour laquelle vous êtes là. »

Eden dit qu’il a battu le « le record du genou » lors de la manifestation qui a eu lieu le jour où la nouvelle ambassade des États-Unis a été inaugurée à Jérusalem, le 14 mai 2018. Il l’a fait en équipe : les tireurs d’élite travaillent généralement par paires, avec un localisateur, également tireur d’élite de formation, et dont la tâche est de donner à son partenaire des données précises (distance de la cible, direction du vent, etc.).

Lire la suite : http://www.france-palestine.org/42-genoux-en-un-jour-des-tireurs-d-elite-israeliens-racontent-leur-travail

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Mis à jour le mardi 7 avril 2020