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JMG Le Clezio, Etoile errante

JMG Le Clezio, Etoile errante, Gallimard, 1992, 350 p

et oui, il m’a fallu des années, calculez, avant de connaître ce bouquin que nombre d’entre vous ont déjà dû lire.

Et j’en sors avec un certain malaise

Je résume et j’explique

C’est l’histoire d’une jeune juive, Esther, plus si jeune à la fin du roman.

Le début, c’est pendant la guerre, en 43. Avec ses parents et nombre d’autres juifs, elle est réfugiée dans un village des Alpes Martimes, dans la montagne, près de l’Italie. Son père aide des juifs à quitter la France par des filières clandestines et il finit victime d’une embuscade des nazis. La plupart de ces juifs finissent arrêtés par les Allemands et déportés vers les camps. Avec sa mère, notre héroïne a pu échapper à cette arrestation

Dans toute cette partie, le récit raconte le quotidien de ces réfugiés juifs.

Au lendemain de la guerre, la jeune fille part avec sa mère vers Israël, la terre promise. Et, dans le contexte de cette époque (l’époque de l’Exodus), je comprends très bien cet état d’esprit.

Débarquée en Israël, elle rencontre fortuitement et un court instant, une jeune Palestinienne de son âge, Nejma, qui fuit les villages détruits fin 47.

C’est la fin de la partie I

La partie II, c’est le quotidien de cette jeune Palestinienne dans le camp où elle a été amenée. C’est le pendant de la partie I, vu du côté palestinien et les difficultés de la vie dans ces camps y sont longuement évoqués. Mais qui sont les responsables de cette situation ? Il est question de soldats qui pourchassent les Palestiniens, détruisent leurs villages, mais ces soldats ne sont jamais désignés. Ce sont toujours des "soldats" dont on ignore à quelle nationalité ils appartiennent. Les seuls responsables désignés, ce sont les organisations de solidarité internationale qui cessent progressivement d’apporter leur soutien dans les camps.

Avec la partie III, on retrouve Esther en Israël. Elle vit dans un kibboutz et rencontre parfois des femmes et des enfants palestiniens. Les rapports sont bons.

Mais son fiancé est soldat et part régulièrement sur la frontière, on ignore avec quel pays, et un jour, son corps est ramené et l’auteur a cette phrase que je trouve très déplaisante : "Il y avait une large tache sombre sur sa chemise, là où l’assassin avait frappé". Un soldat tué à la guerre est-il tué par un "assassin" ?

La suite ne présente guère d’intérêt. Le livre se termine en 1982, à la mort de la mère.

Les analyses sur le livre disent que les 2 filles, Esther et Nejma pensent souvent l’une à l’autre. Ce n’est pas l’impression que j’ai eue à la lecture. Ces mêmes analyses disent qu’elles crient contre la guerre. Je n’y ai pas vu cela non plus. Esther, à mes yeux, se comporte toujours comme une sioniste, à tel point que, à la mort de sa mère, partie vivre à Nice où elle meurt, Esther ne pense qu’à retourner en Israël où elle vit depuis son retour du Canada en 1966, du Canada où elle a passé une quinzaine d’années. Et jamais de sa part, une critique contre Israël dans les rapports avec les Palestiniens.

Donc ces non-dits de Le Clezio me mettent mal à l’aise. Certes, il dénonce la politique d’Israël, certes, on voit qu’Israël se comporte avec les Palestiniens comme les nazis l’ont fait avec les juifs, mais pourquoi ne dit-il jamais clairement ces choses. Le lecteur qui connaît bien la situation en Palestine n’a aucun mal à comprendre, mais celui qui n’est pas familier avec ces réalités ?

Et ce livre me fait penser à un autre , que j’ai lu il y a quelques mois, celui de RV Pilhes. Les deux livres datent de la même époque, la fin des années 80 et on y trouve la même dénonciation d’Israël, mais les choses sont dites clairement et sans ambiguïtés dans le livre de RV Pilhes.

En cherchant sur Internet des infos sur Le Clezio, j’ai vu qu’il a récemment pris des positions très claires sur les migrants actuels. La situation décrite dans la partie I de ce livre m’a fait constamment établir un parallèle entre les deux époques : même lieu, mêmes populations. Seul change la direction du courant migratoire. J’ai lu (https://www.franceinter.fr/culture/quand-jean-marie-gustave-le-clezio-lit-un-texte-inedit-sur-france-inter) un texte qu’il a écrit sur la question. J’ai apprécié, et il parle même des camps de réfugiés au Proche-Orient, mais sans être plus précis.

Notes et analyse de C. Fruhauf

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Mis à jour le vendredi 24 mai 2019