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Irlande : le Sénat vote contre les importations depuis les colonies israéliennes

Irlande : le Sénat vote contre les importations depuis les colonies israéliennes
Par RFI

C’est une décision qui provoque la colère d’Israël. En Irlande, les sénateurs ont adopté mercredi 11 juillet un projet de loi qui interdit la vente et l’importation de biens produits dans des colonies. Sont notamment visées les colonies israéliennes dans les Territoires palestiniens. Il y a deux ans, la France avait imposé un étiquetage des fruits, légumes, vins et autres huiles d’olive provenant des implantations juives, mais ce projet de loi irlandais va beaucoup plus loin.

La proposition de loi veut rendre passible de poursuites toute importation en provenance de colonies. Le texte a été introduit et porté par une sénatrice indépendante qui est aussi l’une des chanteuses les plus populaires d’Irlande, Frances Black. Elle a mené une campagne passionnée sur la question et a même fait venir ce mercredi au Sénat un couple d’agriculteurs palestiniens de Cisjordanie pour qu’ils assistent au vote.

Dans une tribune de l’Irish Times, elle a appelé ses collègues à soutenir le projet de loi « pour affirmer fermement que la politique étrangère irlandaise se tiendra toujours du côté du droit international, des droits de l’homme et de la justice ». « L’Irlande, écrit-elle, doit agir contre les crimes de guerre d’Israël ».

Le parti au pouvoir vote contre

Le texte a été voté par 25 voix contre 20. Il a reçu le soutien de tous les partis irlandais, à l’exception du Fine Gael au pouvoir. Le ministre des Affaires étrangères, pourtant très critique de la colonisation israélienne, estime que légiférer en faveur d’un boycott n’aiderait pas à apporter la paix au Moyen Orient et affaiblirait la voix de l’Irlande auprès d’Israël.

En minorité sur ce vote, le gouvernement irlandais pourrait essuyer une nouvelle défaite lors de l’examen du texte par les députés en septembre prochain. Il redira donc que selon lui ce boycott contrevient aux règles communautaires du commerce.

Mais pour les partisans de l’initiative il existe des exceptions dans les textes européens et l’Irlande pourrait s’affirmer en leader sur le sujet en devenant le premier pays de l’UE à voter l’interdiction de l’importation de biens issus des territoires palestiniens occupés. Pour l’heure, Bruxelles autorise uniquement les Etats membres à indiquer leur provenance sur leurs étiquettes.

Réactions à Jérusalem et à Ramallah

Aux yeux du gouvernement israélien, ce texte relève du boycott d’Israël et il le qualifie d’ « initiative populiste, dangereuse et extrémiste », rapporte notre correspondant à Jérusalem, Guilhem Delteil. Dangereuse, car l’initiative, affirme le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, « nuit aux chances de dialogue entre Israël et les Palestiniens ».

Le gouvernement israélien dénonce aussi « l’absurdité » de ce texte qui aura, souligne-t-il, un impact sur les revenus de « bon nombre de Palestiniens ». Plusieurs zones industrielles sont installées dans les colonies israéliennes et emploient des travailleurs palestiniens.

Pour l’heure, Israël se garde de prendre des mesures en réponse à ce vote. Elles viendront en fonction « des développements » concernant cette proposition de loi, dit le ministère des Affaires étrangères. Mais l’initiative inquiète l’exécutif qui craint que d’autres pays emboîtent le pas à l’Irlande : l’Union européenne est le premier partenaire commercial d’Israël.

A l’inverse, les Palestiniens saluent un vote « courageux » et un texte « historique ». « Parler de la solution à deux Etats n’est pas suffisant sans mesures concrètes », estime le principal négociateur palestinien. « Ceux qui font du commerce avec les colonies israéliennes sont complices du déni systématique du droit palestinien à l’autodétermination », ajoute Saeb Erakat. Et il demande aux autres Etats membres de l’Union européenne de suivre l’initiative irlandaise.

Un symbole fort

Les militants anti-colonisation saluent également cette première victoire. Notamment Fadi Quran, responsable de l’organisation Avaaz à Ramallah qui avait fait spécialement le déplacement à Dublin :

« C’est un jour historique, se réjouit-il. Une Saint-Patrick pour les Palestiniens parce que depuis des décennies, le monde entier dit que ce qui se passe en Palestine est mal, mais personne n’est passé aux actes. Et avec ce vote, l’Irlande dit : Nous passons à l’action, nous allons rendre ces produits illégaux sur notre marché et souligner la responsabilité d’Israël. Maintenant, il y en a qui minimisent ce vote en disant que ce n’est qu’une première étape, que les Etats-Unis pousseront l’Irlande à reculer, mais j’espère que le texte deviendra une loi. Et comme l’Irlande aura eu le courage de franchir ce pas, nous pensons que cela peut s’étendre à l’Union européenne. Ce que fait l’UE, en n’interdisant pas ces produits, c’est ça qui illégal et mal. Quand la Crimée a été annexée par la Russie, l’Europe a imposé des sanctions sur les produits qui en provenaient. Donc elle a déjà fait ça par le passé. »

Tel Aviv a convoqué pour ce jeudi matin l’ambassadrice irlandaise pour des explications.

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Mis à jour le vendredi 16 novembre 2018